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02/11/2016

J’ai passé les premières années de ma vie dans un petit appartement où il n’y avait ni télévision ni téléphone, au bord d’une voie ferrée. L’écho du monde était lointain, quasi inexistant. La guerre d’Algérie arrivait à mes oreilles par petits bouts et je croyais que Charles De Gaulle était le chef de toute la terre. Mon père était mon principal bulletin d’information, le soir à table. C’est comme ça que le Stade de Reims a fait irruption dans cet univers de silence, scandé par le bourdonnement mathématique des trains qui passaient.

Mon père avait trois idoles : Kopa, Piantoni et Fontaine. Il racontait que c’était les héros de la Coupe du Monde 1958. Dans sa bouche, les quatre buts de Fontaine contre l’Allemagne (6-3) sonnaient comme une revanche profondément ressentie sur son histoire personnelle. Il les avait vus un jour à Sochaux et suivait leurs exploits dans le journal que je m’empressais de dévorer après le souper. Reims a donc été ma passion enfantine, presque mon entrée en lecture. J’étais le supporter d’une équipe que je ne voyais jamais. J’en lisais les exploits, simplement, avidement. J’ai appris la dignité du mot immigration à travers un enfant de Polonais au vrai nom de Kopaszewski, un fils d’italien et j’ai longtemps cru que pour devenir footballeur professionnel il fallait être fils de mineur. J’imaginais Fontaine comme une espèce de terreur que personne ne pouvait arrêter et qu’on avait prénommé Just parce qu’il visait mieux que les autres.

La télé a fini par entrer chez nous. Un soir de mars 1963, j’ai enfin vu mon premier match de football en direct, un Feyenoord-Reims de Coupe d’Europe. Je me rappelle le maillot clair deux fois cerclé des Hollandais et celui de Reims noir et blanc sur le poste sans couleurs. J’ignorais alors que j’assistais au dernier match européen du Stade de Reims, un 1-1 éliminatoire. Ce soir-là, deux Alsaciens, Jean Wendling et Raymond Kaelbel, portaient fièrement les armes de mon Reims, lequel allait petit à petit sombrer jusqu’à, plus tard, connaître une chute prodigieuse en division d’honneur régionale.

Et puis ? Et puis, le Racing est venu bientôt occuper la place devenue vacante de mon âme en besoin. La Meinau a pris mon cœur à jamais, laissant à Reims l’espace nostalgique de mes premiers émois. Si je le pouvais, ce samedi, j’emmènerais bien mon père au stade. Lui montrer que Reims existe encore, que le Racing va beaucoup mieux dans ce monde où on n’a pas besoin de téléphone à la maison puisqu’il est désormais dans la poche du pantalon.

Je vous dis à la semaine prochaine !

Allez Racing et salut bisame !

Jean-Marc Butterlin a été Chef des Sports du journal « L’Alsace » et Grand Reporter au journal « L’Equipe ». Il est membre du Conseil d’Administration de l’Association Racing Club de Strasbourg Alsace.

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